En vieux loup de mer de l'écriture, Yann Queffélec entretient le mythe Tabarly. Mais il chante surtout son propre amour du vent et des vagues.
Le 13 juin 1998, Eric Tabarly est passé par-dessus bord en mer d'Irlande, parachevant sa légende de manière dramatique. Dix ans plus tard, la «Tabarlymania» ne faiblit pas. L'anniversaire de sa disparition voit l'inauguration, à Lorient, d'une Cité de la voile qui porte son nom, la sortie dans les salles d'un remarquable documentaire (voir L'Express du 5 juin 2008) et la publication de plusieurs - dont l'un signé de sa fille, Marie.
Celui de Yann Queffélec fait figure d'ovni littéraire. Plutôt que de donner une biographie du skippeur des Pen Duick, le Prix Goncourt 1985 entrelace ses propres passions maritimes avec celles du mythique vainqueur des Transats anglaises de 1964 et 1976. Car Queffélec, né à Paris mais férocement attaché à ses racines finistériennes, a, lui aussi, le virus de la voile.
Un style trempé dans les embruns
Paradoxalement, l'évocation un brin grandiloquente du monument Tabarly - travers classique des portraits du grand homme - convainc moyennement. C'est lorsqu'il conte son amour des bateaux que Queffélec nous touche. De ses tentatives d'enfant pour faire marcher une barque en bois à l'achat ruineux de son premier voilier, de sa navigation, adolescent, en compagnie de son héros - qui, à l'occasion, tombe à l'eau! - à un périlleux passage du raz de Sein où il voit la mort en face, le marin-écrivain rapporte avec chaleur cette exaltation peu commune pour le vent et les vagues.
Bien sûr, le Tabarly de Queffélec agacera nombre de gardiens du temple. Les autres, ceux pour qui prime le plaisir simple d'aller sur l'eau ou de respirer un style trempé dans les embruns, découvriront l'un des leurs, capable de résumer impeccablement cette étrange addiction: «La mer échappe à la compréhension du sentiment humain. En cela, comme l'amour, comme le Bon Dieu, elle nous attendrit.»