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Destination Réussite

Carnet de route d'Erwan Braem

Hanoï Express

Je n'ai pas dormi et je n'ai que 4 jours et demi devant moi. La brume est toujours épaisse en faisant route vers la capitale Vietnamienne. Quarante minutes de taxi pour contempler le pays à l'aube de 2008 : les immenses panneaux publicitaires s'alignent les uns derrière les autres. Les grandes pancartes de propagande communiste se font rare désormais, même dans la capitale idéologique du régime.
Antoine Sorroche m'attend, avec sa femme et ses deux filles dans son appartement, à quelques pas de l'Opéra. L'atmosphère est plus qu'agréable. La famille occupe un deux pièces au-dessus de la meilleure boulangerie d'Hanoi, le Café Vanille, tenue par son épouse, May.
Antoine est un homme d'affaire occupé. Je l'accompagne à son restaurant, la Salsa, à quelques pas de la cathédrale. C'est ma première balade à moto. Quand j'étais venu à Hanoi deux ans plus tôt, j'avais très mal vécu cette folie motocycliste. Mais sur un deux roues, derrière un local, tout va mieux, même si les Vietnamiens klaxonnent toujours autant. La conduite est le reflet des mentalités : « chacun se faufile en essayant d'éviter les plus gros, et les ennuis » m'explique Antoine. Il faut juste éviter d'être piéton dans cette ville.

Les promenades dans la vieille ville sont surprenantes. Ici, une femme laque des volailles accroupie sur le sol, là un jeune homme cire des chaussures. Un peu plus loin, on répare les mobylettes et les motos dans la rue, au milieu du cambouis. Le spectacle est permanent et rares sont les Vietnamiens qui n'acceptent pas de se laisser filmer, presque comme des acteurs, en ignorant la caméra.

Les réveils ont lieu de bonne heure, voire de très bonne heure. Samedi, Antoine est passé me chercher à 4 h du matin pour aller au marché. Il fait encore nuit et l'immense étalage de fruits, viandes, légumes, herbes est éclairé par des néons. Le chef de la Salsa est là lui aussi. Julien Prete me fait découvrir les petites allées du marché, où la caméra est un peu moins bienvenue qu'ailleurs.

S'échapper d'Hanoi aussi… ça a du bon. C'est le but d'un déplacement avec Patrice Gautier, vétérinaire français responsable de la première clinique pour animaux domestiques à Hanoi.  Pour pallier les problèmes sanitaires (et il n'y a pas que la grippe aviaire), il a créé une ferme de canards, à la campagne, dans le village de sa femme. L'expérience débute, mais les volailles devraient rapidement atterrir dans les assiettes de la Salsa.

Quatre jours à Hanoi, c'est aussi quatre jours pour se rendre compte les possibilités sont immenses dans cette capitale. C'est peut-être Cédric Serni qui l'incarne le mieux. Après 10 ans d'expériences en Grande-Bretagne, 6 mois de galère en France, ce jeune toulousain était dans le même avion que moi. Hanoi, c'était sa première fois en Asie. Il venait passer un entretien dans une petite entreprise touristique vietnamienne. Je l'ai revu quelques jours après, autour d'un verre au Maquis. Il venait d'être embauché, et pour l'aider à mieux comprendre le Vietnam, ses employeurs lui offraient un mois de découverte à travers le pays.
Il va déjà falloir goûter à la cuisine du pays. Comme celle qu'Antoine m'a fait découvrir. Dans cette petite échoppe où l'on fait la soupe à la demande. Ou dans ce restaurant de fruits de mer, sur un trottoir. Plein à craquer (même sur un trottoir) à toute heure. Un régal de breton. On mange bien au Vietnam et chaque région a ses spécialités. De toute façon un peuple qui cuisine le chien, le serpent et la tortue pour célébrer les jours de fête, ne peut être qu'un peuple de gastronomes.



Erwan Braem